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Février 2011 – Numéro 19

Written on:septembre 16, 2011
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Critique

Crise de la finance ou crise d’un système ?

« Crise de la finance ou crise d’un système? » est le titre de la première projection et débat du Ciné Repaire Voironnais à la Maison de la Jeunesse et de la Culture de Voiron, du 2 février 2011 à 20H00.

La projection choisie est le dernier film documentaire de Michael Moore, « Capitalism, a love story ». Le film est axé sur la crise financière de 2007 à 2009 et sur sa relance, tout en portant un acte d’accusation contre l’ordre économique actuel aux États-Unis et du capitalisme en général. Le film aborde beaucoup de thèmes, comme la « mentalité de casino » de Wall Street, l’influence de Goldman Sachs à Washington, la grande vague de saisies immobilières, et les conséquences de la « cupidité effrénée ».

Si nous acceptons la définition du mot « crise » proposé par le Trésor de la Langue Française : « manifestation brusque et intense […] marquant une rupture », nous pourrions avancer que, peut être, la finance n’est pas en crise et n’a pas vécue une crise en 2007. Faire croire que les problèmes d’aujourd’hui pourraient se traduire par le mot « crise » est intellectuellement malhonnête parce qu’en entendant « crise » nous ne pouvons pas nous empêcher de croire qu’elle ne serait que passagère, et qu’à la fin de celle-ci tout pourra aller mieux.

Les manifestations suivants l’explosion de la bulle des crédits des subprimes aux États Unis ressemblent de trop prêt les manifestations qui secouent régulièrement la société depuis 25 ans : 1987 krach de Wall Street, 1990 « crise » immobilière et des caisses d’épargne étasuniennes, 1992 première « crise » du Système Monétaire Européen, 1993 deuxième « crise » du Système Monétaire Européen, 1994 krach obligatoire étasunien, 1997 « crise » financière du sud-est asiatique, 1998 « crise » financière de Russie e Brésil, 2000-2002 éclatement de la bulle internet. La « crise » d’aujourd’hui est donc une manifestation de quelque chose de plus profond, plus large, plus durable.

Est-ce que ces manifestations ont été brusques ? Les secousses ont été vues venir par des analystes hétérodoxes, mais la majorité est restée aveugles aux signaux prémonitoires. La Commission d’enquête parlementaire étasunienne sur la « crise » a constaté aujourd’hui que « il y avait des signes avant-coureurs. La tragédie a été qu’ils ont été ignorés ou minimisés ». Donc rien de brusque.

Est-ce que ces manifestations ont été intenses ? Le secteur financier se porte très bien. Les entreprises financières continuent à dégager des profits stratosphériques et à faire le beau et le mauvais temps sur les entreprises et sur les états, même pendant les secousses. On ne peut pas oublier que au milieu de la « crise » les banques ont demandé l’aide des états et obtenus ces aides sans presque aucune contrepartie, signe évident de leur pouvoir même pendant ces manifestations.

Est-ce que ces manifestations ont marqué des ruptures ? Ces manifestations n’ont pas rompu le système financier, car elles sont une composante essentielle des marchés de capitaux déréglementés, autrement dit de la mondialisation financière. Au contraire ces manifestations ont augmenté le pouvoir du système financier car il est devenu plus puissant avec l’explosion des dettes publiques.

Si la finance n’est pas en crise est ce qu’il y a un système en crise ?

Concernant le système économique, la croissance croit de manière exponentielle depuis que les instituts de statistiques la mesure; avec uniquement des brèves pauses (mais pas de recul) de temps en temps: 1973, 1982, 2008. De même la plupart des grandes entreprises continuent à engendrer des profits.

Relativement au système social, il continue à être détruit depuis une trentaine d’années : augmentation du chômage, stagnation des salaires, augmentation des inégalités, augmentation de la précarité, casse des services publics.

A propos de la biosphère, les humains la dégrade a un rythme impressionnant depuis l’arrivé du consumérisme de l’après guerre : changement climatique, épuisement des ressources naturelles, destruction de la biodiversité.

Dans ce cadre plus général, la secousse de 2007 pourrait être vue alors comme un accélérateur des tendances en cours.

  • Accélération dans la disparition des petites entreprises (financières d’abord mais aussi d’autres secteurs) qui n’ont pas été capables de résister à la secousse toutes seules et qui n’étaient pas visibles aux radars des pouvoirs politiques pour être sauvées par l’argent public, à contrario des grandes entreprises.

  • Accélération dans la casse du système social, comme le recul de l’age de départ à la retraite.

  • Accélération dans la montée des inégalités : les pauvres sont devenus encore plus pauvres et les riches encore plus riches.

  • Accélération dans la financiarisation du monde. Le secteur financier s’apprête à élargir son emprise sur la société en s’attaquant à des nouveaux marchés, notamment le marché des matières premières et le marché de la pollution avec les droits à polluer, prévus au sommet de Cancun.

  • Accélération dans la destruction de la pensée critique : le néolibéralisme, le capitalisme, la mondialisation sont proposés par les médias et les groupes dominants, de plus en plus comme le seul monde possible.

Au final, on pourrait avancer que le mot « crise » ressort dans les discours des politiciens et dans les média à chaque fois que l’élite prépare l’addition que la majorité dominée doit payer pour les désirs et les délires de la minorité dominante.

Proposition

L’important est de continuer à se poser des questions !

En conséquence crise ou pas crise, c’est peut être la société actuelle, qui permet tant de ravages, qu’il est important de questionner dans son ensemble. Les problèmes de notre système ne pourront être résolus ni en ajustant quelques paramètres à la marge ni par les seules initiatives personnelles. C’est pour ces raisons qu’un collectif d’individus d’origines différentes s’est décidé de proposer un lieu pour se retrouver, discuter, partager des idées, développer un regard critique sur notre société et refuser l’idée que face à ce monde de brutes on ne peut rien faire ensemble.

Prochains RDV:

30 mars 2011 sur l’engagement avec le film « Résister, militer » du

Musée de la Résistance

18 mai 2011 avec Franck Gaudichaud, sur l’expérience de l’unité populaire au Chili

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