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Mars 2011 – Numéro 20

Written on:septembre 16, 2011
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Critiques et Propositions

Un hôpital pour soigner des malades ou des malades pour avoir un hôpital ?

La mairie de Voiron soutient le projet de construction d’un nouvel hôpital à Voiron. Elle lance une pétition. Elle organise des réunions publiques. Elle propose la création d’une association de soutien à la construction du nouvel hôpital. La Communauté d’Agglomération du Pays Voironnais et le Centre Hospitalier Voiron s’associent à la démarche. Mais plusieurs inconvénients se cachent derrière le projet du nouvel hôpital.

Des hôpitaux de proximité ou un hôpital à proximité ?

L’Agence Régionale de l’Hospitalisation avait imaginé un nouvel Établissement Hospitalier pouvant répondre aux besoins d’un bassin sanitaire de 150 000 à 190 000 habitants et desservant les territoires du Pays Voironnais, de la Bièvre, du Sud Grésivaudan et de la Chartreuse.

Ce nouvel hôpital desservant un territoire plus important mets en péril les autres établissements hospitaliers du Voironnais et des environs. Étant donnée la réforme nationale actuelle qui tend à réduire le nombre d’établissements, est-ce que ces établissements de proximité ne seront pas remplacés par une unité centralisée unique? Cette tendance est visible pour plusieurs autres services publics de proximité, bureaux de poste, écoles…

De même, sachant que la dernière extension de l’hôpital actuel date seulement de 17 ans, est-ce qu’on ne centralisera pas tout dans 20 ans à Grenoble pour un bassin sanitaire d’un million d’habitant ? Et après demain, pourquoi pas tout à Lyon ?

En plus, est-ce que la coopération public-privé envisagée dans le projet pour rendre l’offre plus attractive, ne risque pas de casser encore plus le service public et de faire profiter des entrepreneurs sans scrupules à faire de l’argent sur la santé des citoyens ?

Le travail hospitalier : un leurre ?

L’hôpital de Voiron aujourd’hui emploi environ 850 personnes, le projet du nouvel hôpital prévoit quelque 1100 salariés. Cette progression du nombre de salariés n’est pas forcement une bonne nouvelle. Mise à part quelques activités hospitalières, comment pouvons nous nous féliciter d’avoir plus de malades à soigner et donc de pouvoir créer des emplois hospitaliers ? Si créer de l’emploi est la finalité, plutôt que un moyen, des politiques publiques, pourquoi pas négliger la sécurité au travail ? Enlever les limitations de vitesse sur les routes ? Permettre l’ émission d’encore plus de polluants dans l’eau, la bouffe, l’air ? Moins de gens en bonne santé pour travailler et plus de demande d’emplois dans les soins ! Voilà une solution cynique au chômage !

Si on ne veut pas plus de gens hospitalisés et s’il n’y aura pas plus de gens hospitalisés dans la population, ces nouveaux postes seront tout simplement des délocalisations de postes existant ailleurs, et probablement dans les autres centres hospitaliers proches de Voiron.

De la bon bouffe pour rester en santé ou un hôpital pour soigner des affamés ?

Pour localisation de l’hôpital le site des Marteaux à Voiron a été retenu. Le site des Marteaux représente environ 12ha de champs agricoles et d’arbres fruitiers. A ces hectares à bétonner s’ajoutent les surfaces occupées par les voiries, les diffuseurs et la partie manquante de la rocade pour accéder à l’hôpital.

Avec l’hôpital à cet endroit on perdra ainsi encore des terres agricoles et la production alimentaire de proximité baissera. Avec les prix des produits agricoles qui augmentent partout dans le monde, avec des révoltes de la faim qui éclatent dans plusieurs pays, est-ce que la préservation des terres agricoles ne doit pas être une priorité ? Quand les produits agricoles de proximités sont les seuls produits agricoles qui peuvent être de haute qualité, est-ce qu’on ne risque pas de dégrader nos possibilités d’une alimentation de qualité ? Quand une alimentation de qualité est largement reconnue comme une forme de médecine (Hippocrate disait « Que ton aliment soit ton seul médicament ») est-ce que les Voironnais ne risquent pas de perdre une partie de leur santé pour se faire soigner dans un nouvel hôpital ?

Avec des dizaines de sites industriels abandonnés qui dégradent la beauté du voironnais, est-ce que la réhabilitation des friches industrielles ne serait pas plus opportune ? Encore, est-ce que l’hôpital actuel ne s’ajoutera pas aux autres bâtiments en abandon ? En France, 60000ha par an d’espace agricole sont bétonnés, soit la disparition d’un département tous les six ans. Est-ce que cette réduction du sol agricole est compatible avec une population estimée en croissance ? Est-ce que nous sommes condamnés à devenir de plus en plus dépendants des importations agricoles et des excédents alimentaires des autres régions ? Est-ce qu’il y aura toujours des excédents alimentaires dans d’autres pays à acheter par les Voironnais ? Utilisons les espaces agricoles pour créer de l’emploi utile dans l’agriculture nourricière !

Des routes pour se déplacer ou des déplacements pour plus de routes ?

Le choix du site est justifié par le besoin d’avoir un site accessible étant donnée que les conditions de circulation et des déplacements pour accéder aux établissements de santé de l’agglomération de Grenoble comme sur le site actuel de l’hôpital de Voiron se sont détériorées.

Pour améliorer la circulation et les déplacements, l’amélioration de la desserte par les services de transports collectifs pourrait être une partie de la solution. Une autre contribution serait la réduction de la circulation de véhicules privés. Faire d’autres routes n’est pas une solution, mais une amplification du problème car faciliter les déplacements routiers signifies stimuler l’achat et l’usage des véhicules et la congestion a termes de nouvelles routes.

Une civilisation qui nous rend malades ?

Enfin, est-ce que la médicalisation et l’hospitalisation diffusées en France sont le meilleur système de santé possible ? Pourquoi pas investir les millions d’euros du projet dans la prévention plutôt que dans les soins, sachant que la prévention coute moins chère financièrement et humainement ? Pourquoi pas améliorer et diffuser les soins à domicile ? Pourquoi pas, par exemple, diffuser la pratique d’accouchement à domicile, comme aux Pays Bas ? Notre mode de vie sédentaire, nos produits alimentaires, les pollutions que nous causons sont à l’origine de nombreuse maladies, on parle alors de maladies civilisationnelles et elles sont estimées par certains à 50% du total des maladies. Ce dont nous avons besoin est alors de sortir d’une civilisation qui rende malades pour construire ensemble une nouvelle civilisation plus saine, plus écologique, plus humaine.

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