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Avril 2011 – Numéro 21

Written on:septembre 16, 2011
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Critique

Démagogie participative

Aujourd’hui, la démocratie participative est devenue un symbole promu officiellement comme une avancée dans le droit octroyé aux citoyens de prendre réellement les affaires de la Cité en main. Mais ce qui est promu ainsi rencontre des limites (selon « La démocratie participative entre détournement et inachèvement » n° d’été 2010 du Monde Libertaire dont plusieurs extraits ont été repris).

Démagogie

Comme dit Luc Blondiaux, dans Le Nouvel Esprit de la Démocratie, : « La Démocratie Participative s’apparente à une série d’exercices de communication dans lesquels l’enjeu réel est bien plus de signifier l’intention de faire participer que de faire participer réellement. La posture est ici beaucoup plus importante que le contenu. Avant d’être un nouvel art de gouverner, la consultation pourrait n’être qu’un nouvel art de communiquer ». Avec le couple « démocratie participative », on a affaire à une redondance de termes. D’une part, on reconnaît implicitement l’évidence, à savoir que la démocratie, au sens initial, c’est-à-dire originel et plein du terme, ne peut exister dans le système représentatif. D’autre part on feint de croire qu’il pourrait en aller autrement au prix de quelques ajustements institutionnels opérés à l’initiative ou avec l’aval de ceux-là mêmes pour qui l’avènement éventuel d’un pouvoir véritablement populaire ne saurait être une promesse, un idéal ou rêve, mais bien un cauchemar. Ne signifierait-il pas, en effet, le dépérissement voir l’effondrement de leur propre pouvoir ? Venant d’eux, la « démocratie participative » ne peut donc pas être autre chose qu’une démagogie participative.

Est-ce que le volume de discours vantant les conseils de quartier par la mairie de Voiron dans sa communication n’est pas un indice de son art de communiquer à la place de gouverner ? Est-ce que doter les 5 conseils de quartier de Voiron d’une enveloppe globale de 75.000€ d’investissement et 10.000€ de fonctionnement, par rapport au 9.000.000€ (120 fois plus) d’investissement et 26.000.000€ (2600 fois plus) de fonctionnement de la mairie de Voiron n’est pas un autre indice ?

Détournement
Dans bon nombre de cas, l’expression populaire a été instrumentalisée, voire domestiquée par les municipalités. La plupart des conférences, assemblées et autres réunions « citoyennes », pour ne rien dire des conseils de quartiers ou des « budgets participatifs », sont organisées de telle sorte que les participants soient conduits à donner des avis « constructifs », acceptant les termes de la question posée. Cette manipulation a été d’autant plus aisée que les « dispositifs » induisant la bonne volonté et la soumission, à penser dans le cadre institutionnel et conceptuel où l’on vous dit de penser, sont beaucoup plus faciles à mettre en place, pour les autorités, et surtout moins risqués, que ceux qui permettraient de poser les questions qui gênent.

Est-ce que les avis donnés sur le projet « cœur de ville » et les autres projets municipaux, n’étaient pas que des avis constructifs, acceptant les termes de la question posée ? Est-ce que la lenteur des processus initiés par les conseils de quartier de Voiron par rapport aux processus lancés par la mairie n’est pas un indice de ce détournement ?

Inachèvement
Dans d’autres cas, malgré des efforts louables pour que l’intervention des citoyens dans la prise de décision soit plus effective, la démocratie participative telle quelle est mise en œuvre donne une nette impression d’inachèvement. D’abord, parce les thèmes ou les objets du débat restent confinés dans le localisme et, s’agissant de l’aménagement urbain, dans le spatialisme, alors que l’origine des problèmes à traiter se trouve la plupart du temps « ailleurs », c’est-à-dire à d’autres niveaux géographiques et dans des domaines autres que spatiaux. Ensuite, et ceci explique peut-être cela, parce que les citoyens les plus faibles restent largement en marge des politiques publiques censées les inclure et les impliquer. À tel point que certains parlent, à propos de ce retrait ou de cette réserve populaire, d’une « démocratie de l’abstention » ou d’une « démocratie sans le peuple ».

Est-ce que la faible participation des membres mêmes et des habitants du quartier aux conseils de quartier n’est pas révélateur de cette abstention ? Combien de chômeurs, précaires, personnes à mobilité réduite, migrants avons-nous dans les conseils de quartier ? Est-ce que les difficultés à garder et renouveler les membres des groupes de travail n’est pas un autre symptôme ?

Proposition

ou participation démocratique ?

Face à ces limites pourquoi pas donner un nouvel élan et un nouveau budget ?

Doubler chaque année le budget d’investissement des conseils de quartier. Qui mieux que les habitants du quartier peuvent décider des investissements concernant leur quartier ? Est-ce que l’exécutif municipal se croit être l’avant-garde éclairée capable de prendre les meilleurs décisions sur les quartiers au nom et pour les habitants des quartiers mêmes ? Un éventuel programme électoral inachevé à cause d’une affectation plus importante du budget municipal en faveur des quartiers serait à l’honneur de l’exécutif municipal car ça signifierait avoir mieux répondu aux besoins des habitants par rapport aux programmes faits en campagne électorale.

Indemniser les membres des conseils de quartiers et des groupes de travaux avec un élargissement du budget de fonctionnement. Pourquoi ne pas indemniser celui qui œuvrerait à améliorer les quartiers ? Les membres des différents conseils peuvent être indemnisés : municipal, général, régional. Pour quelle raison les membres des conseils de quartier en devraient être exclus ? Une indemnisation variable selon les heures dédiées pour le quartier ne pourrait pas éviter tout risque de dérive qu’on voit dans les autres conseils (indemnisation sans participation) ? Cette indemnisation ne faciliterait pas la participation des plus faibles ?

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